Bloc de navigation Accueil Retour à la page précédemment affichée Petite histoire de la chèvre gourmande de monsieur Casassus.

L’ouvrier, le billet et la chèvre, petite histoire de justice de paix drolatique

Aller en haut de page Titre de la petite histoire de la chèvre de monsieur Casassus

Nantes — Vendredi 19 juin 1896.

Emmanuel Lehuédé, sort de chez son patron, M. Charrière, doublement heureux : sa journée de travail est terminée et il vient de recevoir l’enveloppe contenant ses appointements.

Originaire de Batz où il est né le 17 juillet 1848, il est le fils d’un cordonnier du bourg et d’une porteuse de sel. Mais il n’a que 6 ans lorsque son père décède et c’est une tout autre activité, celle de tailleur de pierres, qu’Emmanuel va exercer dans les carrières de Nantes.

Image de la fermière folklorique du Grand Hôtel de la plage Valentin à Bourg-de-Batz.
Collection personnelle

Ce vendredi soir, il s’apprête donc à rejoindre son domicile, quai de l’Ile Gloriette, où l’attendent sa femme, Marguerite Touboulic et leurs six enfants. Une balade d’une vingtaine de minutes à pied. Mais avant de se mettre en route, il décide, sur le trottoir de la rue de Chateaubriand, de vérifier la somme remise par son patron. Il sort un billet de 50 francs de l’enveloppe et commence à compter la monnaie, soit 20 francs et 25 centimes.

C’est alors que vient à passer un troupeau de chèvres appartenant au sieur Casassus, mené par un enfant. Aucune raison de se méfier... Et pourtant ! L’une d’elles, par le billet alléchée, ne fait ni une ni deux et l’arrache des mains de son propriétaire, lequel se précipite sur la bête pour récupérer son bien. Ce que voyant, le jeune chevrier s’interpose pour protéger l’animal qui s’empresse d’avaler le dit billet...

L’affaire amuse la presse qui s’en empare et, deux jours plus tard, le Nouvelliste de l’Ouest lui consacre un article qui se conclut sur cette interrogation ironique : « On ne dit pas si [la chèvre] sera poursuivie comme un vulgaire pékin devant le tribunal correctionnel. »

Le journaliste ne croyait pas si bien dire puisque le 10 juillet 1896, la Justice de paix du 1er canton de Nantes statue sur le différend qui oppose Lehuédé à Casassus : « Attendu qu’aux termes de l’art. 1385 du Code civil, le propriétaire d’un animal est responsable du dommage que cet animal a causé (...) que rien ne prouve que l’accident n’aurait pu être évité si une surveillance plus active avait été apportée au troupeau et si le chevrier, notamment, avait empêché ses chèvres de monter sur le trottoir (...) que Lehuédé était sur le trottoir, qu’il vérifiait son compte à la sortie même de l’atelier et qu’on ne peut le réputer en faute de n’avoir pas caché son billet en se croisant avec un troupeau de chèvres », par ces motifs, Casassus est condamné à payer.

La condamnation ? Pas de chance... une partie de la page de l’exemplaire de la bibliothèque de l’Université de Harvard relatant le procès a été mal imprimée ! Tout ce que l’on sait c’est que Casassus dût payer une somme « à titre d’indemnité, ensemble les intérêts de droit [de justice] et dépens ».

Marie-Paule Durand – 9 avril 2018


-  © Jean-François Caillet 2008-2018  - 

www.bourg-de-batz.fr
V1.0 - 23/11/2018 - 7:25:45