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Le chalet « Les Embruns » à Bourg de Batz, titre de la page

Le chalet « Les Embruns » à Bourg de Batz

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L’existence du chalet Les Embruns a été éphémère.

Construit vers 1928, il fut l’une des rares maisons détruites à Batz-sur-Mer pendant la Seconde Guerre mondiale1.

Le chalet

L’environnement du chalet Les Embruns vers 1943.
Plan complet visible au Musée du Grand Blockhaus à Batz-sur-Mer

Le chalet Les Embruns était situé face à la mer, au-dessus de la dernière carrière restée en activité, près de la baie des Bonnes Sœurs, en bordure du chemin qui deviendra la rue des Sables.

La rumeur dit que les Allemands abat­tirent le chalet Les Embruns car il gênait la vue sur la mer, depuis les blockhaus situés de l’autre côté de la rue de Casse-Caillou. Aujourd’hui, ces blockhaus, devenus invi­sibles, servent de fondations à toute épreuve de maisons de vacances...

Cette explication est douteuse : le chalet était enchâssé entre deux autres (Basse-Lovre et une maison restée inachevée) et une partie non négligeable du chalet subsista jusqu’à deux mètres de hauteur ; l’espace visuel libéré était donc faible.

Les ruines du chalet Les Embruns en 1959.
Photographie Jean-François Caillet

Après sa destruction, il ne subsistait du chalet qu'une partie du carrelage de la salle à manger, de couleur grège clair décorés d'arabesques rouges et marron, et deux pans de mur à l’angle nord-ouest du terrain, au bord du chemin, là où avait été installée la cuisine dont on voyait encore le revêtement mural bleu et jaune. Ces restes de murs sont visibles sur la photographie ci-contre, datée de 1959.

Malgré les vastes opérations de reconstruction entreprises après la guerre, le chalet n’est pas relevé, il reste à l’état de ruine. Il est vraisemblable que les nouvelles règles d’urbanisme édictées notamment par le M. R. U.2 ont rendu le terrain inconstructible, empêchant la réédification dans l’immédiat après-guerre.

Nous ne sommes pas parvenu à nous procurer une photo­graphie du chalet dans son intégralité. Cependant, le centre du toit est visible sur la droite de la photographie ci-dessous.

L’architecture est classique pour Batz-sur-Mer à l’époque : un bâtiment en longueur, deux fenêtres encadrant la porte. Le centre de la toiture est agrémenté d’un fronton triangulaire, meublé d’une pièce de charpente.

La résurrection

Le chalet Les Embruns, derrière la clôture de Basse-Lovre, en septembre 1937.
Collection Jean-François Caillet

L’impossibilité de reconstruction d’un chalet conduit Fernand Suteau à se séparer de son bien, qui est vendu vers 1953 à mademoiselle Simone Courcelle, propriétaire d’un magasin de confection et vente de tissus à La Loupe, en Eure-et-Loir ; fut-elle informée de l’inconstructibilité intangible du terrain ? Pas sûr, car elle le revend trois ans plus tard à Lucien Robin, vétérinaire à Angers. Lui non plus ne profite pas de son achat et le terrain est de nouveau mis en vente.

Chalet à l’architecture proche de celle du chalet Les Embruns.
Photographie Jean-François Caillet

En 1957, un employé de la S. N. C. F. se propose d’ache­ter, mais il est mis en garde par le maire de Batz qui l’avertit qu’aucun permis de construire ne pourra lui être accordé, à cause de l’exiguïté du terrain qui ne couvre que 300 mètres carrés. Il abandonne alors l’affaire.

En 1958, Yves Rochard, Angevin d’origine, Manceau d’adoption, qui sera professeur à l’I. U. T. de Saint-Nazaire se porte acquéreur. Il parvient par ailleurs à acquérir auprès du propriétaire mitoyen, une bande de 20 mètres carrés qui, adjointe au terrain initial, porte la superficie à 320 mètres carrés, rendant le terrain constructible. Belle opération ! De falaise inculte, la parcelle devient terrain à bâtir !

Dans la deuxième moitié des années 1960, il fait construire une maison, magnifiquement située en surplomb des rochers, à laquelle est donné le nom de Croque-Vent.

Note

Près des Embruns, un autre chalet a disparu avant d’être terminé ; surnommé Ker Courant d’Air, construit avant la Seconde Guerre mondiale, seul le gros œuvre avec son toit terrasse, fut terminé et l’ensemble disparut entre 1996 et 1999.

Le constructeur, Fernand Suteau

Fernand Suteau est né à Saint-Nazaire en 1894 au lieudit Ker Durand. La population de Saint-Nazaire, alors en plein essor, comprenait environ 30.000 habitants.

Engagé volontaire pour trois ans début novembre 1913, il « part aux armées » le 5 août 1914, quittant la caserne d’Ancenis pour rejoindre Maissin, dans le Luxembourg belge, où il participe les 22 et 23 août à la bataille considérée comme la plus meurtrière pour les armées françaises, toutes guerres et toutes époques confondues3.

Le 8 septembre 1914 est un jour funeste pour le soldat Suteau alors âgé de tout juste 20 ans. Il est engagé dans la bataille des marais de Saint-Gond, dans le sud du département de la Marne. L’armée alle­mande attaque dans d’intenses combats, notamment à la baïonnette. La ville de Fère-Champenoise est conquise. Fernand Suteau, dont la section est encerclée par les Allemands, est fait prisonnier et envoyé au camp d’Erfurt, dans l’est de l’Allemagne, où il sera détenu jusqu’en janvier 1919. Il revient en France le 14 janvier 1919 et est démobilisé le 24 août de cette même année.

Son père Alfred, qui dirige une entreprise de maçonnerie, est décédé pendant la guerre et Fernand reprend la gestion de l’entreprise dès 1919.

Un an et demi après son retour de captivité, Fernand Suteau se marie avec Jeanne Élise Montfort, Nazairienne comme lui. Aucun enfant ne naîtra de ce mariage.

À l’époque de la construction du chalet, Fernand et son épouse Jeanne habitent au numéro 3 de la rue d’Ypres, dans le centre de Saint-Nazaire, à 800 mètres du port ; ils sont voisins d’un immeuble occupé par la mère de Fernand et sa sœur, Clémentine, célibataire, de 5 ans sa cadette.

Après les souffrances endurées durant la Première Guerre mondiale, Fernand Suteau subit deux nouvelles épreuves lors de la Seconde Guerre : outre la démolition de son chalet à Batz, son habitation principale à Saint-Nazaire est sinistrée. Les maisons de la rue d’Ypres comme une grande partie de la ville de Saint-Nazaire sont détruites par l’aviation alliée qui tenta, en vain, de réduire la base sous-marine allemande.

Contes et légendes

Il y a quelques années, nous avons rencontré un habitant proche du Village noir, soi-disant fin connaisseur de Bourg-de-Batz et plus particulièrement du Village noir et des chalets de la plage Valentin. Il nous affirma que de nombreux chalets avaient été détruits par les Allemands sur cette plage, lors de la Deuxième Guerre mondiale.

La vérité est tout autre : bien que la plage fût fortifiée et protégée par deux ouvrages à chacune de ses extrémités, aucun chalet n’y a été détruit. Si les maisons ne furent évidemment entretenues que très sommairement par l’Occupant, les pilleurs français furent responsables de bien des dégâts, pendant et après la guerre...

5 mai 2022



Notes :
1.Deux autres maisons, fraîchement construites, ont été « démolies par fait de guerre », rue de l’Atlantique, sans doute dans les environs immédiats des Embruns, mais nous n’avons pas réussi à les localiser précisément.
2.Ministère de la Reconstruction et de l’Urbanisme.
3.Le 22 août 1914, entre l’aube et la tombée de la nuit, 27 000 soldats français sont tués, deux fois plus que du côté allemand. C’est le jour le plus sanglant de l’histoire de l’armée française, toutes guerres confondues. Mal informé, éloigné du lieu des opérations, l’État-major, dirigé par le général Joffre, commandant en chef des armées, est considéré comme responsable de cette hécatombe.

Cette page a été réalisée avec le concours d’Yves Porgroult


-  © Jean-François Caillet 2008-2018  - 

www.bourg-de-batz.fr
V1.1 - 11/5/2022 - 15:38:42