L’origine des noms
Au début du xxe siècle, de nombreux hôtels et restaurants portaient le nom de « Bon Accueil », augurant d’établissements sympathiques.
Les chalets portant également ce nom n’étaient pas rares non plus, tant sur les bords de mer qu’à l’intérieur des terres.
La justification du deuxième nom du chalet, Les Coquillages, est plus concrète. Elle est liée à la transformation de la carrière de Charles Lehuédé, mitoyenne du chalet, en vivier produisant des coquillages en tout genre et hébergeant des crustacés. Au début des années 1960, le pignon est du chalet était couvert par une publicité peinte « Viviers - Parcs ».
La recherche
La recherche des origines du chalet Bon Accueil a commencé par la découverte de deux contradictions :
Une seule possibilité : malgré le nombre limité de chalets construits à l’époque, il existe deux chalets homonymes !
Le terrain
Vers 1943, l’environnement du chalet « Bon Accueil » devenu « Les Coquillages »
Plan complet visible au Musée du Grand Blockhaus à Batz-sur-Mer
Le 21 octobre 1923, Jean-Baptiste Lecallo, maire, donne lecture au conseil municipal d’une lettre adressée par M. Gaston Lévêque, qui sollicite « la vente à son profit d’une parcelle située au lieu-dit Ker d’Abas en bordure de la route côtière no 1 de Casse-Cailloux. Cette parcelle mesure deux cent vingt-cinq mètres carrés et M. Lévêque en offre à la commune la somme de onze cent vingt-cinq francs ». Le conseil considère que le terrain sablonneux est improductif, inutile à la voie publique, le prix avantageux et accepte d’aliéner la parcelle.
Dès 1925, la vente est prise en compte par l’administration du cadastre et la parcelle est enregistrée au nom de Gaston Lévêque, demeurant au 2 de la rue Duguesclin à Nantes. Trois ans plus tard, le chalet est enregistré à son tour. Compte-tenu du décalage induit par le délai d’inscription, ces dates conduisent à une fin de construction en 1925 ou 1926.
L’environnement
La construction du chalet Bon Accueil ne lui valut pas une réception à l’image de son nom.
Un article de presse contemporain, publié dans le journal nantais Le Phare2, fustige la vente du terrain par la municipalité et l’édification de ce chalet qui accentue encore l’enlaidissement de la côte. La vue est déjà bien abîmée par la présence d’une grande carrière exploitée à partir de la fin du xixe siècle par l’entreprise d’un ancien maire, le développement d’un ensemble de chalets interdisant le passage en bord de mer et se terminant par une seconde carrière ouverte peu auparavant, qui ne fermera que vers les années 1950, laissant là encore un trou béant et des rochers arasés, rendus impraticables.
Un autre chalet, massif, la Roche-aux-Mouettes, construit directement sur le rocher à une vingtaine de mètres du Bon Accueil, dénaturait déjà l’harmonie de la côte.
Façade nord du chalet « Les Coquillages », précédemment « Bon Accueil ».
Photographie Jean-François Caillet
Le chalet
L’architecture de charme du chalet Bon Accueil est caractéristique des constructions à la fin des années 1920 à Bourg-de-Batz et en bien d’autres lieux : en façade une porte centrale à un seul battant entourée de deux fenêtres, surmontée d’un fronton agrémenté d’une charpente décorative.
Cette architecture restera inchangée jusqu’à la Seconde Guerre mondiale qui verra l’ajout d’un appentis pompeusement qualifié de garage, malgré ses dimensions modestes.
Dernière modification visible de l’extérieur, en 1951, avec l’ajout d’un ultime bâtiment, cube de béton quasi aveugle, brisant définitivement l’esthétique traditionnelle du chalet et de son environnement.
Les propriétaires
À ses débuts, bien que superbement situé avec sa « vue sur mer imprenable » – la côte espagnole, bien au-delà de l’horizon, est le premier vis-à-vis –, le chalet Bon Accueil subit une instabilité inhabituelle en matière de propriétaires ; trois se succèdent en six ans. Était-ce le bruit de la mer et celui des tempêtes qui perturbait par trop le sommeil de ses occupants ?
Gaston Lévêque
Quand en 1926, Gaston Joseph François Jean Marie (!) Lévêque fait construire Bon Accueil, il est âgé de 46 ans. Originaire de la Bernardière en Vendée, en limite de la Loire-Inférieure, sa famille paternelle a rejoint Nantes, ville dans laquelle Jean, son père, épouse une Guérandaise, Bonne Marie Baron, qui est peut-être à l’origine de l’intérêt porté à Bourg-de-Batz par Gaston Joseph.
Lors de l’achat du terrain sur lequel est construit le chalet, le foyer Lévêque est composé de Gaston Joseph Lévêque, son épouse, tous deux nés en 1879 à Nantes, et leurs trois fils Gaston Jean Pierre, Pierre Émile et Émile Marie 3.
Le tandem des Gaston père et fils travaille dans une même entreprise de peinture décoration héritée du père de Gaston, située au 19 de la rue Saint-Clément4. Pierre Émile, le deuxième fils, âgé de 16 ans, est étudiant et ses études le mèneront à la profession d’architecte. Le dernier, adolescent, Émile Marie, 15 ans, absent du domicile, s’orientera vers une carrière militaire. En une trentaine d’années, le couple habitera pas moins de neuf domiciles différents dans Nantes.
Nés la même année, Gaston Lévêque et Adèle Boucault, qui se marient à Nantes le 1er mai 1905, meurent également la même année, en 1946, après avoir divorcé en 1933.
L’entreprise Auméras-Lévêque-Leray
Publicité pour l’entreprise Auméras-Lévêque-Leray parue dans le Bulletin paroissial de Saint-Donatien en 1902
Source Archives départementales de Loire-Atlantique>
Début 1919, François Chassé, de santé fragile5, propriétaire d’une entreprise de peinture, décède et, quelques années plus tard, son épouse Eulalie Dubois décide de vendre les parts qu’elle possède dans la société. L’associé de François Chassé poursuit l’aventure, accompagné d’un nouveau partenaire et de Gaston Lévêque qui rachète les parts d’Eulalie. Les statuts de l’entreprise Auméras-Lévêque-Leray ainsi créée sont déposés le 30 décembre 1921.
Les successeurs
Gaston Lévêque ne profite pas longtemps de l’agrément de son chalet ; tout juste un an après sa construction, le chalet mis en vente est acheté par Marie Joseph Clément.
Marie Joseph Clément époux Adèle Blohin
Marie Joseph Clément est né en 1885 à Saint-Sulpice-des-Landes, en Ille-et-Vilaine. En 1910, il se marie avec Adèle Blohin à Bain-de-Bretagne, commune mitoyenne de Saint-Sulpice. Il reprend le métier de menuisier de son père, mais il l’exerce de façon bien différente de celle d’un artisan : il cède aux sirènes de l’industrialisation et est recruté comme menuisier par la Compagnie des chemins de fer de l’État. Cette décision contraint le ménage à quitter sa Bretagne natale pour aller s’établir près de Paris, à Clichy au numéro un de la rue de Paris, dans un appartement situé à un petit kilomètre des ateliers ferroviaires. En 1936, le couple est toujours à Clichy, Marie Joseph est alors retraité, mais Adèle travaille encore comme employée au Contrôle commun Réseaux. À la retraite d’Adèle, ils rejoignent Ancenis où Marie Joseph décède au début du mois de juin 1939, âgé de seulement 54 ans.
En 1932, le chalet est acheté par Marcel Flament, époux de Lucienne Ambroise, qui lui-même le vend en 1950 à Paul Bricaud, avant qu’Edgar Mautain, époux Corson, n’en prenne possession.
À une époque récente, les Coquillages affichaient le nom de la personnalité préférée des Français, mais, quoi qu’en dise la rumeur, il s’agissait d’un homonyme.
Hors l’ajout malheureux de l’annexe, le Bon Accueil est resté dans son jus et est, à notre goût, le plus beau spécimen de l’architecture des années 1920 à Batz avec son environnement floral pimpant et toujours bien entretenu.
16 février 2026
Notes :
1. ↑ Ce plan qui couvre la totalité de la commune est visible au Musée du Grand Blockhaus à Batz-sur-Mer.
2. ↑ Article publié le 12 août 1926. Dans sa délibération du 29 novembre 1925, postérieure donc à l’aliénation Lévêque, le conseil municipal demande que la côte de Penchâteau, pointe du Pouliguen, à Batz, ne soit plus constructible entre la route côtière et les rochers et que certaines zones soient classées.
3. ↑ Outre un frère Emile et une sœur Marie-Louise, Gaston Joseph avait trois demi-soeurs : Geneviève, Jeanne et Suzanne nées d’un second mariage de son père.
4. ↑ La rue Saint-Clément porte aujourd’hui le nom de rue du Maréchal Joffre.
5. ↑ Réformé pour imminence tuberculeuse en 1899 puis tuberculeuse en 1900, il est réformé définitivement en mars 1917 pour cause d’hémophilie et emphysème.
www.bourg-de-batz.fr
V1.0d - 31/3/2026 - 14:10:34